L'Au-delà du monde / notes de lecture

Ce recueil vient de recevoir le Prix de poésie 2017 Les Gourmets de Lettres
sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse

L'au-delà du monde Brigitte Maillard
Brigitte Maillard L’au-delà du monde Librairie Galerie Racine 2017 50 pages, 15 €
(Commande en librairie, auprès de l’éditeur Librairie Galerie Racine )


Ce recueil vient de recevoir le Prix de poésie 2017 Les Gourmets de Lettres
sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse
Ce livre a fait l'objet de l'émission les Poètes (Christian Saint-Paul) 
du jeudi 27 juillet 2017
Sur Radio Occitania
toujours accessible à la rubrique "Pour écouter les émissions":

Compte rendu de l'émission de Christian Saint-Paul (extrait)

Brigitte Maillard vient ce soir parler de son dernier livre : « L’Au-delà du monde » aux éditions Librairie-Galerie Racine, 48 pages, 15 €.

" L'au-delà du monde " est un recueil de poésie. Brigitte Maillard anime sur Agence Bretagne Presse la chronique hebdomadaire de Monde en poésie " Poème ". Déjà onze poètes invités. Une chronique à suivre et à redécouvrir en cliquant, à partir de l'article, sur " monde en poésie ".

« Saisir la vie au bord de l'univers. Ce voyage ne fait que commencer. La Vie nous y rejoint, sans l'accord des rêves. Un air inconnu. Une intuition libérée. Là où " il n'y a pas de forme, de son, de parfum de goût, de toucher ni d'éléments " dit Le Sûtra du Coeur. Un autre monde se dévoile. Avec le temps se dégage la réalité des représentations illusoires. La lutte est souvent rude contre la présence extravagante du Monde. C'est un renversement complet qui nous attend. Une formidable respiration.

L'au-delà du monde est une source de fraîcheur, un deuxième souffle, un secret inattendu. Je te touche du bout des doigts, la Vie. » nous dit Brigitte Maillard.

Et elle poursuit : « Notre sensibilité a besoin de prendre part au monde, de révéler de nouveaux langages. Il y a urgence aujourd’hui à laisser s’exprimer nos émotions, nos rêves, nos enfances, nos désirs, nos utopies… Monde en poésie, ce monde en vie au-delà des apparences. Un monde sensible à la croisée des arts. Notre humanité, nos humanités et La poésie plus fondamentale qu’une forme littéraire. Un élément vital « Une substance de vie » (ainsi la nomme Edgar Morin). Quelque chose d’autre coule dans nos veines, quelque chose qui ne demande qu’à être vu pour se dévoiler. Se dire en mots et en silence. Entre les mots, les visages, surgit soudain l’essence que l’on nomme poésie.

« L’Au-delà du monde » est une poésie qui émerge des profondeurs et qui est la conséquence de cet arrêt, de cette fracture dans une vie tout à fait normale, qui est la rencontre avec la maladie. Cela a déclenché un désir violent de la vie, de sa connaissance et le besoin de la faire vivre. »

Cette posture en poésie rappelle à Christian Saint-Paul ce que Henri Meschonnic avait dit à Bernard Mazo en 2004 : « le poème est une invention de langage qui transforme le vie ».

Brigitte Maillard acquiesce à cette définition. Pour elle, la parole est un lieu de connaissance. Quand on cherche un autre un autre langage, celui différent de la communication de tous les jours, on trouve quelque chose de merveilleux qui est comme une autre langue et c’est à partir d’elle et avec elle, que l’on renaît à la vie. La poésie se révèle ainsi comme un passage vers cet inconnu, cette nouvelle vie, sa beauté.

Or, Meschonnic a écrit : « je passerai ma vie à ressembler à ma voix ». Cette tentative de ressembler à sa voix est précisément celle de Brigitte Maillard. Elle explique : « Je retrouve dans la création poétique, ce qui est en avant de moi, et cela

me frappe à chaque fois. Ce sont de petits fragments qui remontent à chaque fois et ensuite il s’agit de les placer, de les organiser. Mais il y a des mots qui se sont imposés et que je ne comprends pas tout de suite. Il me faut plusieurs mois pour en saisir le sens. Il me faut alors du temps pour les mettre en recueil et encore du temps pour les dire.

Encore une fois, insiste Christian Saint-Paul, vous rejoignez Meschonnic qui écrit à propos de « Dédicaces proverbes » : « On dirait que le poème nous connaît plus que nous ne connaissons le poème. Et c’est lui qui nous fait plus que nous le faisons ».

« Un poète africain, poursuit Brigitte Maillard, que m’a fait découvrir Imassango, disait que la poésie était si intime qu’il ne peut la publier en recueils ; en revanche, il peut la déplacer dans ses romans. C’est l’intime qui m’intéresse. Je suis née au Congo et cette période de l’enfance est toujours en moi, inconsciemment. A côté de mes études d’assistante sociale, j’ai réalisé un travail de comédienne car j’ai toujours voulu comprendre ce que c’est que la création et comment elle se produisait à l’intérieur de moi. Je n’ai eu de cesse de chercher ce chemin là. Et dans les années 2000, la confrontation avec la maladie m’a amenée à un nouveau processus d’écoute de soi qui passe par la poésie. Il faut comprendre la vie face à ce mur qui est une prochaine destruction. L’inexorabilité de la mort nous offre la richesse de la réflexion. Ce face à face avec la mort, à nu, nous permet de lâcher prise et d’y aller pour mieux toucher la vie. »

Brigitte Maillard est aussi une femme d’action. A Quimper, comme il est mentionné plus haut, elle déploie beaucoup d’activités. Elle précise : « en Bretagne il y a , comme en Occitanie certainement, une écoute pour la poésie. Et à la médiathèque de Quimper, j’anime des pauses poétiques, collabore aux rendez-vous de Max, au salon de la lecture à Pont-L’abbé.

Lecture par l’auteure d’extraits de « Pour la simple évidence de la beauté », livre né de la rencontre de la beauté des plages d’Audierne.

Lecture d’extraits de « A l’Eveil du jour ».

Lecture d’extraits de « L’Au-delà du monde » :


Brigitte Maillard revient sur la nature de cet « au-delà du monde » : « Il ya un autre monde mais il est dans celui-ci. C’est le fruit d’une expérience que je traduis dans ce livre.

Il faut lever l’ambigüité, l’au-delà du monde, n’est pas celui qui apparaît lorsque la vie est finie. Il existe dans la vie ! C’est la prophétie du poète, chère à Meschonnic. Toucher à l’essence même des choses par l’intuition, par les sens et en ressentir le sens.

Dans cet esprit, je reprends le Sûtra du Coeur, un texte bouddhique très court qui est psalmodié dans les temples du Japon. Il dit la vacuité dans laquelle on vit.

Lecture d’un extrait.

Allez au-delà dit le Sûtra. C’est une littérature qui nous ouvre profondément et dans laquelle on trouve un écho.

Le « il n’y a pas », c’est une sensation perçue une nuit où je me suis retrouvée avec des mots mais où il n’y avait plus rien. C’étaient les mots qui tenaient le monde. Il n’y avait plus que le vide et j’ai pris conscience que nous étions tout seuls avec ce qui n’existe pas. Ce fut un choc. Une autre réalité se faisait jour dans la vie elle-même. Je pratique la méditation libre, un yoga de l’esprit, qui aide à la création. Corps et parole s’aident mutuellement. « On m’a donné le corps et le monde » comme le rappellent bien des poètes et Adonis en particulier.

Lecture d’extraits.

Cet « au-delà du monde » est toute fraîcheur. Il y a en lui de la légèreté. C’est une atmosphère qui me surprend.

Mais, paradoxalement, cet intime du poème est vécu par l’autre ! D’unique, il devient universel. La poésie ouvre l’intime de la pensée à l’autre. Penser c’est célébrer.

La poésie est mouvement avant tout. Elle est liberté. Elle ne peut donc trouver de lieu où se poser. »

Christian Saint-Paul remarquant que le poésie de « L’Au-delà du monde » est comme pour les livres antérieurs, une poésie de sobriété, laquelle lui confère l’intensité, mais sans freiner la fluidité de la pensée et des images, Brigitte Maillard précise que c’est l’intuition qui guide, mais que le travail y a sa part.

Enfin, évoquant ses activités au sein des éditions « monde en poésie », elle fait valoir qu’elle prend son temps. Qu’elle procède pas à pas. Hors des convenances, dans une totale indépendance. Par exemple, elle a édité l’intégralité des oeuvres reçues pour un concours, et pas seulement les textes primés.

La réalité, constate-t-elle, c’est qu’il y a du trop partout. Trop de livres. Comment ne pas s’y noyer ?

Je ne veux pas sombrer dans cette démesure, conclue-t-elle.

Jamais l’assertion de Paul Eluard : « Il y a un autre monde mais il est dans celui-ci », n’avait été aussi bien traduite. C’est une vraie attention au réel qui nous révèle cet au-delà. Et l’on y pénètre, comme toujours avec Brigitte Maillard, par la poésie.

Elle nous ouvre la voie de l’espérance, une de nos vertus cardinales.


Jean-Michel Tartayre, membre du jury s'exprime sur ce  livre :

La poésie de Brigitte Maillard présente une structure libre, 
fondée à la fois sur la diversité des rythmes et une écriture 
alternant entre vers et prose.

 L’ensemble installe le lecteur dans une longue phase de
 suspension qui touche à l’au-delà du monde éponyme. 
Cet au-delà est celui de l’âme du poète et fait écho à l’âme du lecteur.
Il peut aussi se concevoir et être comparé aux 
Correspondances de Charles Baudelaire
 (exemple : 
« Je te donne l’effroi devant la vitre / la terre gelée / les membres au soleil »)

Brigitte Maillard compose des textes en leur infusant une pensée spinoziste,
où tout est reflet de l’Amour et de l’Innocence de la Nature.
On note une grande fluidité dans l’écriture qui renvoie directement à cette philosophie :
 « Une frontière, celle du visible-invisible, que le poète découvre […] 
Cet espace subtil se dévoile, fluide. » ; 
« Il y a un autre monde mais il est dans celui-ci » chante le poète Éluard.

Somme toute, Brigitte Maillard relie la poésie à l’essence de l’être
et en dresse ici un éloge unique reflétant le style unique de l’auteur :

 «  J’ai cherché des langages pour entendre le monde, m’entretenir avec lui. »




Notes de Lecture

Christian Saint-Paul
Brigitte Maillard, avec ce livre de poèmes, s'engage plus avant dans son parcours initiatique qui l'approche plus près encore de la Connaissance, par la poésie.
Son rituel et sa dramaturgie personnelle, se lisaient dans ses recueils précédents :
"Soleil, vivant soleil", "La simple évidence de la beauté", "A l'éveil du jour" et "Couleur poème".Cet "au-delà du monde" qu'elle est parvenue à rejoindre, n'est pas celui d'une vie assurée après la mort. Cet au-delà est celui de Saint-Exupéry qui voyait non avec les yeux mais avec le coeur, celui d'Eluard qui le situait dans ce monde-ci.
Un monde ici et maintenant à la portée de tous ceux qui se laissent gagner par la sensation de fraîcheur d'une vie autonome, "interne" aurait dit Cadou. Ce lieu en soi, où "il n'y a pas" précise Brigitte Maillard. La vacuité dans laquelle on vit. Car ce sont les mots qui tiennent le monde.
Une grande poésie de célébration et d'une impressionnante spiritualité sans dogme.



                                                                  Michel Philippo


Véronique Elfakir 
Extrait d'un article à découvrir dans son intégralité

Dans ce recueil intitulé, L’au-delà du monde,  Brigitte Maillard interroge cette tension permanente entre le réel et son envers et en définitive entre la vie et la mort dont toute existence porte la déchirure à la fois éblouissante et tragique. Ce texte envoûtant et profond se propose donc d’aller « au-delà », dans cette zone frontière entre le visible et l’invisible que la poésie, selon sa propre définition, ne cesse d’interroger :

« Au-delà du monde
Il y a quelque chose de grave et d’inattendu dans la
Vie.
Il y a un lieu dans le monde, certains diraient une utopie, où il n’y a pas….C’est un au-delà du monde.
Un fruit au cœur de l’arbre. » (p.5)


« Connais-tu le chant des vignes ?

Comme un aveugle sur la rive
au détour d’un chemin d’illusions

Laisse monter ce chant de mémoire

Du sillon de printemps
de la volupté des heures
du graphisme des pages »

*


L’Au-delà du monde, Librairie Galerie Racine, 2017, 50 pages (belle photo d’une Tête de jeune Bigoudène par l’auteure), 15 €

« Attendre le monde », « porter le soir », « allez » : une poésie revitalisante qui s’énonce là. Les impératifs suivent et enjoignent à l’activité, celle de l’esprit, celle du corps : INVENTE-TOI !
« Le temps est une histoire
(entre nous)
un déplacement de vent »
Laisse monter ce chant de mémoire
(…)
Respire sa douceur
le si lointain où chantent les sirènes
Laisse venir le chant des rives
« Revenir aux choses », laisser venir mots, sens, poèmes : tel est le vœu d’une poète qui saisit la « momie des rêves », « la vie de la lumière », « le sang du vent » pour « remonter » le courant et affronter l’avenir. Persuadée que « la terre est bonne », elle convie le lecteur à conserver ces valeurs insignes : « tout est secret », « la vie qui parle au vent », « un fruit partagé » ou autre « joie de l’éclair ».
Ce lyrisme mesuré, sobre, parle profond.

Gérard Clery  Concerto pour Marées et silence, revue de poésie juin 2018

Autant le dire d'entrée, le livre que publie Brigitte Maillard est un livre de sagesse(s). Et il faudrait se révéler sérieusement atteint de cécité ou dispersé par une actualité volontiers prédatrice, pour ne pas capter la lumière qui s'en dégage, tant l'attention du lecteur est appelée par les très nombreuses déclinaisons et variations du mot lui-même. Soleil et scintillement accourent eux-aussi à la fête.
Ce leitmotiv ne tient pas du hasard. Il constitue l'armature de l'édifice, ce plain-chant qu'avitaille avec persévérance un profond souffle de renaissance. Dont l'origine, opportunément printanière, n'est autre que la vie ! //elle  passe en toi/sans illusion/comme une reine des prés.

Explorer le titre avant même d'ouvrir le livre c'est déjà accepter l'invitation à une saison de retrait (une retraite ?) à un voyage « là où il n'y pas de forme, de son, de parfum, de goût ni d'élément », voyage provoquant, presqu'étrange, en plein consumérisme, qui a de quoi dissuader certains de poursuivre. C'est pourtant ici qu'il faut ouvrir la porte au silence et tendre l'oreille. Qu'il faut accepter la main que donne l'auteure, répondre au tutoiement de sa parole, signe de délicatesse et de sororité. Qu'il faut rallier sa marche quand Allez marchons/disent les arbres//La Voie est libre//Ne plus vivre la vie/mais la vie devenir.

Ces poèmes à l'autre, où lumière, étoiles, soleil, vent, désir, silence, danse, amour, douleur, attente, sont de connivence, s'enchantent, sont le fruit d'une authentique respiration hors des filets tendus par un aujourd'hui couleur de désespérance, quand ce n'est pas d'abdication misère – irréductible /à peine souriante ou il y eut un peu trop d'horreur/pour que le bien s'y fasse. Ils balisent un chemin de sérénité au dessus des fossés, des chausse-trappes où végètent plus d'un captif.

Ils naissent d'une langue qu'il faut laisser s'épanouir au dedans de soi, se réclament avant tout du spirituel, de la méditation, comme de l'oraison. Laisse monter ce chant de mémoire répète à l'envie Brigitte Maillard, qui n'ignore pas que les sources se tarissent, que les chemins s'ensauvagent ou qu'on a empierré les puits.

Ecrits au crayon de lumière, cette suite bienvenue qui bénéficie d'une mise en page aérée, ose l'amour en ces temps d'orages et de cruautés et lui ôte ses chaînes Ô temps à venir/douceur ailée/à la joie de l'été//Couronne-moi de tes désirs/à vivre seule au palais//Ravis-moi de tant d'ivresse/de passion soulevée//J'ai rêvé de toi/nous étions unis/nous rêvions de l'être//sans savoir que nous l'étions//Bientôt je serai dans la lumière/pour créer le jour.

Et pour que la quête ne soit pas vaine d'un simple rêve/je te salue/ô ma liberté. Et que la joie vienne de L'Au-delà du monde.


 Denis Heudré Revue Spered Gouez N° 24

  Il est des poètes explorateurs qui, sans aller bien loin et sans manipulation d'équations et de théorèmes, cherchent avec des mots cette inconnue qui pourtant nous interroge sans cesse : la vie. Brigitte Maillard est de ces auteurs qui cherchent à "Saisir la vie au bord de l'univers" mais qui la célèbrent aussi : " la vie qui parle au vent / au travers des miroirs". Son dernier ouvrage s'intitule L'Au-delà du monde, il explore la vie, la lumière, la mort "une espèce de mort / avec un horizon / et trois couleurs". Il est publié chez la Librairie-Galerie Racine et nul doute que Guy Chambelland n'aurait pas désavoué ce recueil. 
   Dans son style, Brigitte Maillard applique à la lettre la maxime de Victor Hugo : "Poètes, voilà la loi mystérieuse : aller au-delà." Son lyrisme est fait d'appels du large et du cosmos "Un souffle d'étoiles / à portée de nos gènes". Elle explore en poète les frontières de cet au-delà et fouille dans les lumières invisibles "sur le seuil de l'invisible", "La réalité ? / / Un masque pour le devenir". Comme une forme de méditation zen en poésie face à !a fragilité du temps "Vivre le temps d'un fruit", "Ne plus vivre la vie / mais la vie devenir".
   Brigitte Maillard est trop modeste pour affirmer une théorie "(Que dire de soi ? / rien / seul le silence éveille)". Elle cherche comme tout le monde et se sert de la poésie pour "enjamber le jour". Grande passeuse de poésie, elle-même éditrice, Brigitte Maillard cultive un au-delà du monde en poésie bien à elle. Dans l'universalité des mots pour dire la vie, au-delà de toute frontière "au-delà des nations // se reprendre dans le souffle /// S'unir   se réunir / de la terre au ciel / de l'animal à la joie".
Ce recueil vient de recevoir le Prix de poésie 2017 Les Gourmets de Lettres sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse.



Le chemin d’éveil de Brigitte Maillard
Marie-Josée Christien 
Revue Spered Gouez N° 24
& Les Cahiers du sens 2019 
Ce livre est le Points de vue de la Revue Spered Gouez N°24
Chroniqué par Gerard Cléry, Denis Heudré et Marie-Josée Christien

  Des auteurs « se mettent » (comme ils disent) parfois  à la poésie tardivement, une fois leur carrière professionnelle terminée  et la vie de famille devenue moins accaparante. Ils justifient leurs décennies de silence par le manque de temps, la fatigue du quotidien, le tourbillon de la vie où la poésie et même la lecture n’avaient pas de place. Ecrire devient alors soudainement  pour eux le passe-temps qui leur permet de faire face au désoeuvrement redouté. Ces poèmes, d’où la vie est absente, se reconnaissent par leur manque d’effort, leur absence d’intériorité, leur abondance d’artifices convenus. La poésie n’ayant pas pris part entière au cours de leur existence, leur fadeur  nous indiffère.
  Rien de tel chez Brigitte Maillardvenue pourtant à la poésie en 2004, après une vie personnelle et professionnelle qu’on devine bien remplie. Son premier recueil, La simple évidence de la beauté(Atlantica, réédité par Monde en Poésie), m’avait saisie d’emblée par l’urgence de sa parole.  A l’éveil du jour (Monde en poésie) fait cheminer ensemble prose et poésie pour livrer son parcours douloureux, pas à pas, de la maladie à la « vraie vie » et rendre hommage à la force vivifiante du poème.
 L’Au-delà du monde, son cinquième recueil, confirme que la poésie n’est pas pour elle juste un supplément d’âme, ni une ornementation qui viendra agrémenter la vieillesse à venir, mais  qu’elle est ce souffle vital, bienfaisant, « mystère plus grand que l’univers », capable de « nettoyer (s)a blessure / au feu de la rivière ». Profondément puisée dans l’expérience, la poésie est ici synonyme de vie. Initiatique comme un « chant de mémoire », elle est la respiration indispensable  pour « ne plus vivre la vie / mais la vie devenir », quand il ne reste que « la peau de nos cœurs / pour unique soutien ». Elle est un engagement de toute sa personne.
 Brigitte Maillard place notre fragile destin et ses aspérités « au coeur de la matière » du poème.  Elle  creuse, prolonge, densifie son chant intérieur dans une dimension interrogative. Avec une profondeur qui touche à la  spiritualité, d’un lyrisme sobre, elle veut  « saisir la vie au bord de l’univers ». Cet au-delà est l’opposé d’un monde lisse et clos, refermé sur lui-même. Ce n’est pas un hasard si la poète, convaincue que la parole poétique peut concerner tout un chacun,  cherche à la sortir de «l’entre soi » où elle se cantonne. Fondatrice des jeunes éditions Monde en poésie, elle expérimente des voies nouvelles pour faire entendre la voix du poème. Une voix à suivre !


 Lise G., poète
Un titre en deux morceaux ... qui n'en font qu'un, une parole délivrance.
L'ouvrage que j'ai entre les mains ne pèse pas bien lourd, il a l'étoffe d'une feuille de l'arbre de Vie soudain à mes pieds d'où s'élance le vent qui vient de la poser : c'est un Souffle en l'incommensurable.

Celle qui le porte a voilé le regard et du grand vide à la place des yeux ce qui Regarde entre et sort sans bruit, c'est une souvenance où se délivre le message :
" Chacune de nos rencontres est aussi un à Dieu ".

Le mouvement pour l'ouvrir est le même que celui pour le fermer, c'est celui qui déroule le long ruban de Soi entre pleins et déliés.

Lorsqu'une plume pousse en nous par tous les bouts en la vivante audace. Celle dont les forêts, qui brûlent en ce moment autour de moi, chantent la vivante clarté.
« Faut il que le monde s'efface pour que la vie apparaisse enfin ? »
Au seuil de la question, l'âme hésite un instant puis comme l'oiseau libre de cage, lance le Chant qui n'a pas d'âge.

L'au-delà du monde Brigitte Maillard

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